dimanche 6 mai 2012

hydrophobie rabique (2)


Lon Chaney Jr. et Evelyn Ankers dans The Wolf Man (1941)

Suite du rapport du Docteur Joseph Antoine Mestre sur trois cas de rage consécutifs aux morsures de loups dans le Nord-Aveyron le 27 mars 1851. Il s'agit de la phase thérapeutique qui se solde par un premier échec et l'agonie du patriarche Boisset :
"Les trois blessés, quatre heures après l'accident, furent visités. Ils furent d'abord soumis au lavage des plaies avec de l'eau chaude saturée de savon et de sel marin, bien essuyées, ensuite elles furent toutes cautérisées partiellement avec le chlorure d'antimoine ou l'acide sulfurique jusqu'à la formation d'escarres. Au lieu d'y maintenir un appareil imbibé de ce liquide, nous jugeâmes plus convenable de les cautériser toutes de nouveau avec le fer rouge. M. l'abbé Bru, digne vicaire de la paroisse de Thérondels, usa de toute l'influence de son talent pour leur en démonter l'utilité : il voulut bien nous aider dans cette longue et pénible tâche. Les escarres furent de beaucoup agrandies en tous sens jusqu'à amener la défaillance. L'opération dura jusqu'au milieu de la nuit. pourvus de fers de toutes dimensions, nous pûmes suivre toutes les sinuosités des blessures et les brûlures ne furent jamais trop vives afin de mieux détruire le virus sans charbonner les tissus.
(...)
Ils furent tous soumis à la tisane de genêts des teinturiers, recommandée par les médecins russes ; le mois d'avril se passa dans l'usage de cette boisson prétendument prophylactique, ainsi que dans le soin des plaies qui furent entretenues en constante suppuration, sauf chez le vieillard qui prétendait aller aussi bien que ses belles-filles sans prendre les mêmes soins de cette maladie.
Mais les deux femmes surtout éprouvèrent continuellement de la céphalgie ou un sommeil agité de rêves ; l'une éprouvait de l'inquiétude et l'autre de la tristesse ; mais le bavardage les distinguait particulièrement toutes les deux avec une parole brève. Ces phénomènes moraux propres à l'incubation s'augmentèrent aux approches de l'accès hydrophobique. La perte de l'appétit et l'accélération du pouls joint à un grand prurit de la peau devenue boutonneuse furent les seuls faits physiques observées chez elle. Le vieillard bien résigné sentit aggraver son mal les derniers jours du mois d'avril.
A la visite que nous lui fîmes le 2 mai, il éprouvait une grand sensibilité au moindre toucher, surtout au membre droit où il avait reçu la blessure. La figure était rouge, le pouls fort et plein ; il avait tapissé les côtés de son lit de crachats écumeux. A la présentation que je lui fis d'un verre de boisson, il se souleva sur ses bras, mais la tête fit un trémoussement particulier à la vue du verre et sa face exprima une terreur qui me découragea. Il avala cependant un peu, mais avec un sentiment pénible de suffocation et de contraction à la gorge qui me fit retirer le liquide. Si on ouvrait la porte, il criait vite à la fermeture par l'horrible souffrance que lui causaient l'air et la lumière. Il mourut dans la nuit suivante dans le délire et la paralysie de la moitié droite du corps où il avait reçu la morsure. L'affaiblissement de la vie par la suite de son grand âge lui sauva la violence des symptômes que nous allons retrouver chez sa belle fille, mais l'hydrophobie n'en est pas moins douteuse."
L'agonie, à suivre, des deux autres victimes fait froid dans le dos. Selon Wikipedia, la maladie est considérée comme disparue en France depuis le début de l'année 2001, bien qu'elle puisse encore subsister dans un réservoir animal représenté en particulier par quelques renards du nord et de l'est de la France, et par les chauve-souris. Il ne manquait plus que ça...

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